Des livres et des hommes. Tournée des traducteurs, première escale

7 décembre 2018.  L’arc-en-ciel rencontré en chemin devient pluie fine, à Beaune, et surtout se transforme en chaleureux accueil pour La Tournée des traducteurs à sa première escale. La libraire Des livres et des hommes porte bien son nom, des chaises occupent le long couloir qui traverse ce lumineux temple bâti en briques de papier. Nos hôtes, Amandine Gotti et Fabien Berthiaut ont préparé des micros, les livres des auteurs roumains sont là, beaux et tout sages, qui attendent des lecteurs passionnés.

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Première émotion : oui, les lecteurs sont au rendez-vous.

Peuples. Brassage à l’Est. 

On ouvre les livres. Les deux traductrices invitées, Marily le Nir et Laure Hinckel racontent la Roumanie – creuset de cultures et de langues –, la richesse et les tensions au cours de l’histoire de ce brassage à l’Est, à travers des auteurs roumains qu’elles ont tellement aimé traduire où que d’autres confrères ont traduit en français depuis un quart de siècle : Sara de Ștefan Agopian, Le livre des chuchotements de Varujan Vosganian, Le Levant de Mircea Cărtărescu, Le retour du houligan de Norman Manea, Le siège de Vienne de Horia Ursu…

Les questions fusent de partout et les deux traductrices se font une joie d’y répondre. Et d’ouvrir la porte de leur laboratoire de traduction pour décrypter leur merveilleuse passion pour la littérature roumaine.

Des livres et des émotions

Confession émouvante de Marily le Nir quand elle évoque l’univers de Sara, traduit par Laure Hinckel pour les éditions Jacqueline Chambon. Dans ce très beau et troublant roman qui se passe au XVIIIe siècle, des Hongrois, des Sicules et des Saxons intolérants envers les Roumains majoritaires cherchent la domination et se jalousent dans une Transylvanie harcelée  par une compétition religieuse dans laquelle l’empereur Léopold 1er prend en cachette le parti des catholiques. Pour Marily le Nir c’est une vertigineuse projection dans son enfance : les noms des personnages du livre sont aussi des noms de rue de la ville de Sibiu, sa ville de cœur. Car Marily le Nir est née en Roumanie en 1932, de parents universitaires français…

Et quand Laure Hinckel parle opportunément dans cette ville de vins de « la part des anges », cette subtile partie qui s’évapore aussi en traduction lorsqu’il faut se contenter, la mort dans l’âme, de traduire  nădejde (le terme d’origine slave que le roumain utilise poétiquement pour dire un espoir – le comble !– teinté de désespoir), ça fait comme un frémissement dans l’air.

« Et vous, vous écrivez ? » demande quelqu’un, dans le public.

« On écrit avec la main de l’écrivain », répond Marily Le Nir.

Au croisement de deux cultures, roumaine et française, la Tournée des traducteurs est bien partie pour être une aventure à double vocation, littéraire et humaine.

Cristina Hermeziu, journaliste littéraire, animatrice de la soirée

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