Oubliez vos clichés à Saint-Denis!

Le marché de Noël bat son plein devant la médiathèque de Saint-Denis, le marché du vendredi remballe, les cafés sont pleins. En ce 14 décembre, deux traducteurs chevronnés, Mariana Cojan Negulesco et Philippe Loubière viennent à la rencontre des lecteurs dans la médiathèque, Laure Hinckel anime le débat. Les tables sont chargées de romans traduits du roumain qui se trouvent dans les rayons des médiathèques de Plaine Commune et qui bénéficient d’une nouvelle exposition à l’occasion de la Tournée des Traducteurs.

Le public est formé de connaisseurs et les questions interviennent dès le début de la rencontre. Qu’est-ce que cette langue a en commun avec l’italien ou  avec le portugais ? Heureux d’être interrogés sur leur idiome de travail, les traducteurs répondent par des exemples simples et poursuivent en expliquant le cas de cette langue romane pétrie d’influences slaves, françaises, allemandes…. On commence avec « strada » tout simplement et on finit par discuter sur les quelques mots dont les linguistes ont pu établir qu’ils sont d’origine « dace »….

Mariana Cojan Negulesco est autrice de contes qu’elle « re-raconte », explique-t-elle devant l’assistance, comme par exemple La jeune fille plus sage que le juge, qui vient d’être rééditée chez Albin Michel Jeunesse avec des illustrations de Cécile Becq absolument magnifiques : « Je tiens à expliquer dans une petite note au lecteur pourquoi je signe les contes. Il ne s’agit pas d’une traduction mais d’une œuvre populaire re-racontée. Les contes français sont passés dans une langue qui reste aujourd’hui encore très lisible. Les contes roumains sont écrits dans une langue très chargée en archaïsmes et en régionalismes, qui ne passeraient pas tels quels. » C’est aussi le cas d’autres de ses titres : Contes des enfants qui cherchent le bonheur (Albin Michel Jeunesse).

Les contes peuvent aussi être destinés aux adultes. C’est un conte bien plus long, une parabole du pouvoir qu’a écrite Răzvan Rădulescu (traduit par Philippe Loubière). Théodose le Petit publié chez Zulma a été largement présenté et discuté par les deux traducteurs et l’animatrice.

Philippe Loubière, Laure Hinckel et Mariana Cojan Negulesco

Le thème de la rencontre, « De la réalité au merveilleux » traverse non seulement les contes mais aussi des romans dont l’écriture et l’inspiration se placent au croisement du regard de l’enfant et de la poésie résidant en chaque chose. Dans Les agissements d’Ilie Cazane, également de Răzvan Rădulescu, c’est l’hypertrophie d’une réalité loufoque qui tourne au magique et emporte le lecteur dans une spirale de fantaisie qui a un double visage – comme dans les contes, d’ailleurs, qui ont une double lecture.

Lorsque Mariana Cojan Negulesco a évoqué Les lapins ne meurent pas, de Savatie Bastovoi (traduit par Laure Hinckel), elle a commencé par souligner que l’enfance du petit Sasha, 9 ans, personnage principal du roman, a aussi été la sienne. La discussion sur la « cravate » des pionniers et sur les activités que ces jeunes étaient sensés avoir dans le système soviétique et plus largement dans les démocraties populaire a passionné l’auditoire. Le temps a manqué pour lire un passage qui a plu à Mariana Cojan Negulesco, dans lequel s’exprime un élément qu’elle retrouve elle-même dans tous les contes du monde entier : la forêt. Dans le passage évoqué, Sasha, avec ses mots d’enfant, imagine une immense échelle qui mènerait au ciel. Sa réflexion est marquée par la pression politique exercée à l’époque sur le langage quand il s’agit de savoir si l’échelle est « rustique » ou « pittoresque »…

Le monde tel que le voit l’enfant et la réalité transcendée par la littérature ont mené les traducteurs invités à L’aile Tatouée de Mircea Cărtărescu (troisième tome de sa trilogie dont les deux premiers tomes sont intitulés Orbitor  et L’œil en feu, tous deux traduits par Alain Paruit). Les souvenirs de l’enfant – le narrateur Mircea – devant  « les petites filles », p.138 a été évoqué. Mais plus encore, c’est tout un pan du folklore roumain qui est réinterprété dans le chapitre commençant à la page 535. L’atmosphère du conte y est tout entière, avec la maison soulevée, le serpent caché, la clé, le thème de l’enlèvement, les fleurs magiques, les pavots énormes…

La conversation avec l’auditoire a permis d’évoquer encore les marques laissées par les influences françaises et allemandes, notamment, dans la langue roumaine. L’histoire des Saxons de Roumanie a permis d’évoquer le nom de Herta Müller, romancière qui a ausculté le système répressif  – un beau détour par la littérature de la prix Nobel qui a permis de faire un portrait politique et sociologique de la Roumanie. Il est bien entendu que le sujet de Dracula, alias Vlad Tepes, a été évoqué par l’auditoire, très demandeur, pour le plus grand plaisir de Mariana Cojan Negulesco, qui a signé un roman jeunesse sur l’enfance du prince ayant inspiré Bram Stoker et de Philippe Loubière, également très à l’aise dans le domaine historique.

Le mot d’ordre de la Saison France-Roumanie est bien « Oubliez vos clichés !»: en portant la littérature roumaine sur le terrain, jusque dans les médiathèques, la Tournée des Traducteurs y contribue largement !

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